Kitsune Aiki Dojo

L’aikido dans le Conflent








Après la pluie - Takashi Koizumi

« Les sabres ne sont pas là pour étriper... sinon les imbéciles. Ils sont là pour supprimer l’imbécilité dans nos coeurs »


Après la pluie (雨あがる) est un film sorti en 1999 et réalisé par Takashi Koizumi. Le nom du scénariste vous dira probablement quelque chose : un certain Akira Kurosawa. En effet, Après la pluie est l’un des deux derniers scenarii écrits par le cinéaste, décédé en 1995 avant d’avoir pu les réaliser. C’est ainsi que Takashi Koizumi, qui avait été assistant réalisateur sur certains des films de Kurosawa (les très connus Ran 乱 et Rêves 夢), se retrouve à réaliser Après la pluie.



Se déroulant dans le Japon féodal (XVIIIème siècle), le film suit durant quelques jours l’histoire d’Ihei Misawa, un samouraï sans maître (ou « rônin »). Quand l’histoire débute, une tempête vient de faire déborder la rivière voisine, bloquant ainsi Misawa et sa femme dans l’auberge où ils attendent de pouvoir reprendre la route. On retrouve ainsi les codes du chanbara ou ken geki (films de sabre) : Misawa est un combattant solitaire, suivant le code d’honneur du Bushido (voie du guerrier). Pourtant, Après la pluie s’affranchit du film de sabre traditionnel : il n’est pas un film que l’on lance pour assister à des combats haletants et sanglants, loin de là... Contemplatif et lent, il sait jouer de ses silences et des longues promenades méditatives du héros pour dresser le portrait d’un rônin atypique.
En effet, le personnage se caractérise par son interprétation très personnelle des codes qui régissent la société dans laquelle il évolue : le premier élément frappant est le respect avec lequel il traite toutes les personnes qu’il croise, qu’elles soient considérées comme supérieures (le seigneur du fief, joué par le fils de Toshirô Mifune) ou inférieures (les autres clients de l’auberge). Misawa va même jusqu’à participer à un duel primé (pourtant considéré comme un déshonneur suprême pour un samouraï) afin de pouvoir acheter de la nourriture aux pauvres gens avec lesquels il loge. La conception de l’honneur de Misawa est donc toute personnelle et il s’affranchit en permanence de la rigidité des règles établies.
« Les sabres ne sont pas là pour étriper... sinon les imbéciles. Ils sont là pour supprimer l’imbécilité dans nos coeurs »
Le film comporte quelques très beaux combats, dont le rythme est typique du chanbara (une longue attente qui se résout soudainement en quelques coups rapides). Misawa est un maître de iaïdo et les combats se caractérisent par une exécution d’une sobriété et d’une efficacité assez jubilatoire. Pour les amateurs d’aïkido et de iaïdo, on peut remarquer quelques passes d’armes remarquables et certaines techniques à mains nues que vous reconnaitrez facilement.

Le combat n’est jamais présenté comme quelque chose de spectaculaire, relevant de la performance, où le but premier est de tuer. On le comprend particulièrement lors des scènes où Misawa s’adonne à ses « promenades-entraînements méditatifs » : ce sont ces exercices auxquels il s’adonne lorsqu’il ne sait comment gérer certaines situations et/ou émotions. La pratique semble être un travail sur lui-même avant tout.

Misawa est un guerrier dont le désir n’est pas tant de vaincre l’adversaire que de pourfendre en lui-même tout ce qui pourrait l’éloigner de sa voie.
« Tout en ayant l’air peu préparé, vous étiez calme et ne montriez aucun désir de vaincre. Je n’avais aucune prise sur vous. Je ne savais plus quoi faire. […] J’ai vraiment été vaincu aujourd’hui »,lui déclare Tsuji sensei, son ancien professeur, lors de leur premier combat qui nous est montré lors d’un flashback.
On retrouve ainsi dans Après la pluie une philosophie qui pourrait évoquer celle de l’aïkido. Misawa se livre à des entraînements où la technique et le mental sont d’importances égales, le tout au service de la vision de l’homme qu’il cultive. A l’époque où se déroule son histoire, cela fait de lui un homme incapable de s’intégrer au fonctionnement de sa société, car les règles de celles-ci lui demanderaient trop souvent d’aller à l’encontre de sa nature et de ses principes. Le film nous livre ainsi le portrait d’un homme qui ne peut vivre autrement que libre.

« Tu as beau être hors-pair, tu ne sais où t’épanouir […], mais pour moi c’est très bien comme ça. Tu ne pousses personne sur le côté, ni ne prend la place de personne », lui dit d’ailleurs sa femme.
Après la pluie a quelque chose de la fable bienveillante. Quelque chose de très humain se dégage de l’ensemble : entraide, recherche du meilleur de soi-même, questionnement sur le respect des règles et le prix de la liberté... Tout en sobriété et en lenteur, un film à regarder... un jour de pluie ?


Article de : clara




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