Kitsune Aiki Dojo

L’aikido dans le Conflent








Le Traité des Cinq Roues - Miyamoto Musashi

Philosophie d’un maître-samouraï au XVIIème siècle


Miyamoto Musashi est souvent cité comme le plus grand escrimeur japonais. Son seul nom a inspiré une foule d’oeuvres : romans, films, mangas, l’épéiste invaincu est largement autant populaire que notre d’Artagnan national, dont il est d’ailleurs contemporain. Mais en plus d’être un combattant légendaire (on dit qu’il mena soixante combats et les gagna tous), Musashi était également un peintre et calligraphe reconnu, ainsi que philosophe. Un véritable couteau suisse, le monsieur !
Aujourd’hui, nous allons nous intéresser au philosophe : si une grande part d’incertitude demeure concernant ce que l’on sait de Musashi, les historiens sont au moins d’accord sur une chose : Le traité des cinq roues aurait bien été écrit par lui.


Né en 1584 et décédé en 1645, Musashi écrivit le Traité à la fin de sa vie, alors qu’il était âgé de 60 ans. Le nom de l’ouvrage (en japonais « Gorin-no-sho ») a une origine bouddhique : les pagodons à cinq étages que l’on peut croiser dans les jardins de certains temples se nomment les « gorintô ». « Go », le chiffre cinq, est une référence aux cinq éléments, censés représenter la nature entière. Chaque étage du pagodon représente l’un de ces éléments, Terre, Eau, Feu, Vent, Vide. C’est ainsi que Musashi a nommé les cinq parties du Traité.

Comme pour beaucoup d’ouvrages de philosophie écrits dans une langue qu’on ne maîtrise pas, la question de la traduction est très importante. Dans le cas du traité, on peut en trouver trois en français  : la première, faite dans les années 70 et éditée chez Albin Michel aujourd’hui, est dite assez « littéraire ». Une seconde est contenue dans l’ouvrage très complet Miyamoto Musashi, maître du sabre japonais au XVIIè siècle ; celle-ci est réputée comme très érudite et abondamment commentée par son traducteur, Kenji Tokitsu. Enfin, une dernière est trouvable, éditée aux éditions Budo et traduite par le karatéka Stephen E. Kaufman, qui se veut « écrite et traduite par des budokas pour des budokas », afin de satisfaire le pratiquant qui veut « aller à l’essentiel ». En fonction de la traduction, le style pourra varier, mais le ton garde tout de même globalement une certaine oralité.

Dans le cas présent, nous n’avons eu accès qu’à la première et la dernière, mais cela a suffit pour se rendre compte de l’importance du choix de la traduction, en fonction du projet de lecture que l’on a et de nos préférences. Kaufman précise d’ailleurs dans la version qu’il a traduite qu’il « assume toute la responsabilité des interprétations des différents concepts proposés ici ». Quelle que soit la version choisie, il paraît donc plutôt judicieux de garder à l’esprit que ce qu’on lit est le fruit d’un gros travail d’interprétation, aussi documenté et désireux de respecter le texte d’origine qu’il soit.

Chaque chapitre du livre aborde un aspect de la Voie de Musashi. On se retrouve face à un ouvrage clairement organisé en parties, qui suivent une progression assez claire.
Le livre de la Terre aborde de manière assez générale la tactique de l’auteur. Pour illustrer son propos, il compare celle-ci au... métier de charpentier. Pour lui, de la même manière qu’un maître-charpentier se doit de connaître dans les moindres détails tout ce qui concerne une construction qu’il doit mener, le maître-samouraï ne doit négliger aucun aspect de son art.
« Rendement, beau travail, ne pas prendre les choses à la légère, ne pas perdre de vue l’idée générale, savoir distinguer le degré supérieur, moyen ou inférieur de l’énergie de chacun, donner l’élan et savoir où commence l’impossible sont la règle d’or que chaque maître-charpentier doit avoir en tête. Il en va de même pour le principe de la tactique ». (trad. Albin Michel).
Dans le livre de l’Eau, Musashi explique la méthode enseignée dans son école, la manière dont on s’y forge physiquement et spirituellement. « Il faut rendre notre esprit semblable à l’eau. L’eau prend la forme des récipients qui la contiennent, qu’ils soient carrés ou ronds » (idem). On découvre ce qui constitue pour lui l’essence de son école et la manière dont l’esprit et le corps doivent marcher de concert. Les explications se font un peu plus techniques, avec des conseils sur le placement des pieds et des mains ou des types d’attaques.

S’ensuit le chapitre du Feu. « Le feu peut être grand ou petit. Il est extravagant. Comparativement au feu, je décris ici plusieurs combats ». Il parle aussi bien ici des duels simples que des grandes batailles, ce qui est d’autant plus logiques qu’ils sont tous régis par les mêmes règles selon lui. C’est également à cette occasion qu’il souligne l’importance d’un entraînement constant (jour et nuit selon lui... pas de RTT pour les samouraïs apparemment !)
Le chapitre cinq, ou chapitre du Vent est celui où Musashi fait la comparaison entre son école et les autres. Pas de critique acerbe ou de potins version « milieu des escrimeurs du XVIIè siècle », mais c’est tout de même l’occasion pour le maître-samouraï de faire ressortir la spécificité de son école Niten et son usage de deux sabres.
Enfin, le chapitre du Vide clôt le Traité. Le concept de Vide est selon Musashi ce qui pourrait le mieux résumer l’essence de sa Voie. La voie de la stratégie est également la voie de la nature selon lui. Le chapitre du Vide est le plus court, mais aussi le plus spirituel, il est probablement le plus difficile à comprendre. Pourtant, selon Musashi, sa voie de la stratégie « s’éclaire dans le Livre du Ciel » (trad. S.E. Kaufman).
« Lorsque vous percevez clairement l’univers en relation avec votre art et votre art en relation avec l’univers, vous comprenez ce qu’est le vide ».

Pour les aïkidokas, la lecture du Traité des cinq roues peut être une bonne manière de se rendre compte de l’évolution des arts martiaux depuis l’époque de Musashi. On retrouve ainsi divers principes qui sont encore au cœur de la pratique moderne : l’importance des différents niveaux de maîtrise (physique, psychologique et spirituel), considérés d’importances égales en aïkido, l’idée que l’essence du Budô est l’unité corps-esprit au travers de l’entraînement, pour tendre vers une unité individu-univers... C’est l’occasion de mieux saisir le but d’Ueshiba lorsqu’il créa l’aïkido : créer un art martial qui répondait aux besoins de ses contemporains sans être anachronique, tout en gardant un attachement aux arts martiaux traditionnels et en faisant revivre les valeurs spirituelles du Budô (voir L’esprit de l’aïkido, de Kisshômaru Ueshiba). Malgré tout, il faut garder à l’esprit que le Traité de Musashi a été écrit à une époque où la pratique visait à ne pas se faire couper la tête lors du prochain affrontement... ce qui n’a plus rien à voir avec les entraînements actuels (ou alors, votre enseignant est un psychopathe et tueur en série, fuyez).

Ainsi, Le traité des cinq roues est un grand classique de la littérature japonaise. Sa lecture peut être une bonne manière de mieux comprendre le Bushido et la source des arts martiaux que l’on pratique aujourd’hui.
Et pour découvrir Musashi sous un jour bien plus romanesque, il reste toujours la très connue duologie La pierre et le sabre de Eiji Yoshikawa, dont nous parlerons probablement un jour prochain par ici !


Article de : clara




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